par Jacques FERGEAU
Président de la Commission Finances et Budget du Conseil Général de la Gironde
Président Honoraire de l'Association des Directeurs Financiers et Contrôleurs de Gestion d'Aquitaine
Les rumeurs et alertes lancées par les 3 grandes agences mondiales de notation : Standard and Poors, Moody's et Fitch sur le risque de dégradation du triple AAA de la France se font de plus en plus pressantes.
Le AAA permet d'emprunter sur le marché à des taux les plus faibles possibles. De ce fait la France a emprunté durant de longues années à moins de 3 % à 10 ans, aujourd'hui on emprunte à des taux proches de 4 % et ce sera plus si on perd le AAA. On considère que la situation devient très compliquée entre 4 et 5 % et intenable à partir de 5 % (ce qui est le cas de l'Italie actuellement).
Nous avons aujourd'hui en France 1 650 milliards d'€ de dettes publiques, si notre taux d'intérêt venait à augmenter de 1 % ce serait plus de 16 milliards de plus d'intérêts par an soit 2 fois notre dernier plan de rigueur ! de la folie certes mais bien réelle.
Il faut savoir que les intérêts de la dette à aujourd'hui représentent la totalité de l'impôt sur le revenu, imaginons que si nos taux augmentent : l'impôt sur le revenu ne couvrira plus le paiement des intérêts de la dette.
Il faut savoir aussi qu'un certain nombre de taux d'intérêts (types immobilier) sont indexés sur ces fameux taux d'intérêts dits obligataires (OAT), ce qui veut dire que les taux du crédit immobilier risquent d'augmenter et par conséquent de stopper la croissance de l'immobilier et la croissance en général (le bâtiment étant un des facteurs importants du développement économique).
Pour stabiliser notre dette il faudrait un déficit maximum de 2 % du PIB (ce qui est le cas de l'Allemagne) alors que nous sommes à 5.5 %.
L'Allemagne a au cours des 9 premiers mois 2011 un excédent commercial de 118 milliards d'€ alors que pour notre part nous avons un déficit de 66 milliards d'€, même l'Espagne n'a qu'un déficit de 37 milliards d'€ !
Ceci se traduit par un "spread" c'est à dire la prime de risque constatée sur les marchés entre les obligations françaises et les allemandes à 10 ans de 115 points soit 1.15 % d'écart
Il s'agit bien d'une crise de la zone euro certes, mais avec des conséquences totalement différentes selon les pays européens.
Quant au Royaume-Uni qui n'est pas dans la zone euro mais dont les fondamentaux économiques sont plus mauvais que ceux de la France la seule différence c'est qu'ils sont maîtres de faire fonctionner la planche à billets, ce qui va créer de l'inflation mais va favoriser les exportations et freiner les importations.
Les propos rassurants du gouvernement français sont irresponsables car le risque est bien la flambée des taux qui pèsent sur la dette publique française, ne nous voilons pas la face. On pourrait même avoir une décôte de 2 crans de notre note. Nous pouvons nous retrouver du jour au lendemain dans la spirale infernale qu'ont connu la Grèce et l'Italie et qui sont toujours pris dans la tourmente.